Godless – une série Netflix qui donne envie de tâter du western en JDR

En rédigeant cet article sur une nouvelle série Netflix, je me suis demandé s’il était pertinent de faire de telles critiques, d’autant que, vous allez le comprendre assez vite, j’ai beaucoup aimé cette série.

Puis m’est revenue à l’esprit cette terrible réalité : j’ai d’autant plus apprécié ce programme que j’ai éprouvé peu d’intérêt pour d’autres, déjà reléguées dans la mémoire morte dans mon disque dur cervical. Grâce à des séries qui m’ont profondément gonflé comme Travelers alias les voyageurs du temps (un groupe vient du futur pour sauver le monde perd toute crédibilité en quelques épisodes) ou Black Lightning (poncifs et manque d’imagination pour un super héros électrique sorti de sa retraite anticipée), j’ai pu pleinement apprécier la qualité de Godless.

La série western de Netflix

Un groupe de gangster sans foi ni loi sème la terreur dans l’Ouest lointain à la poursuite d’un de ses membres en fuite. Le gangster en quête de rédemption est arrêté par le shérif d’une petite ville, « La Belle », ayant perdu deux ans plus tôt la quasi-totalité de ses hommes dans l’accident de la mine d’argent locale.

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Vous vous dites sûrement que le pitch est bien classique et le traitement l’est, en ce que cette série Netflix, produite par Steven Soderbergh, écrite et réalisée par Scott Franck (réalisateur que je découvre à cette occasion) a tous les autours du western.

Le décorum, fait de grands espaces et de villes emblématiques, s’avère spectaculaire. De même, en plus de thèmes classiques autour de la vengeance et la rédemption, on y retrouve des archétypes fidèles au genre : méchant charismatique et terrifiant, shérif vieillissant et son jeune disciple, héros résiliant au grand cœur, quelques indiens, des cow-boys crasseux et souvent malhonnêtes… Pourtant, à ce schéma traditionnel, s’ajoute l’idée de donner une place plus importante à un groupe de femmes de cette ville de « La Belle ». Et c’est bien là le tour de force de cette mini-série concentrée sur une unique saison de 7 épisodes. On suit avec passion les aventures quotidiennes des nouvelles maitresses de « La Belle » face aux convoitises de personnages peu scrupuleux.

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Aux portraits d’hommes qui parcourent ce récit, répondent des femmes, majoritairement veuves, aux destins atypiques, aux choix forts, face à la nécessité de se débrouiller seules.

Outre l’esthétisme envoûtant de ce Far West, tout semble parfaitement plausible tant les personnages sont bien campés : de la mère célibataire qui élève des chevaux en compagnie de sa belle-mère indienne à l’ancienne prostituée devenue maitresse d’école, en passant par la riche veuve en fuite.

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Le « prêcheur » Frank Griffin, chef de meute, habité par Jeff Daniels, est le méchant ultime, autant fascinant qu’effrayant. Il me semble que la série joue parfaitement avec cette ambivalence du personnage, qui se décrit comme un sauveur tout en étant capable des pires massacres. Une des premières scènes du film, extrêmement violente, nous fait découvrir immédiatement sa propension à la tuerie. Je me dis que cette scène, ne laissant aucun doute sur la folle barbarie de Griffin et sa bande, nous faisant forcément le détester, a pu empêcher certaines personnes d’aller plus loin. La couleur de la série est annoncé : bienvenue dans un monde mortel où règne la loi du plus fort.

Michelle Dockery, l’actrice anglaise qui joue Alice Fletcher, mère célibataire, éleveuse de chevaux, rebelle et mystérieuse, est d’une beauté renversante. Je lui trouve une présence et une classe folle. Le moment venu, elle devient complètement badass, au même titre qu’une des femmes fortes de la ville, Marie-Agnès, sœur du shérif, et amoureuse de l’institutrice, incarnée avec sensibilité par Merrit Wever. Elle est la protectrice ultime de sa ville et ses habitants.

La scène finale semble se dessiner inexorablement pour tenir finalement toutes ses promesses. J’avoue m’être étonné d’être saisi par l’émotion à la fin de la série, d’autant plus belle qu’elle n’a pas de suite.

Je ne peux révéler tout le contenu de Godless, western désespéré au visuel soigné, immersif dès le générique, car j’ose espérer que quelques lecteurs iront dévorer fiévreusement une des meilleures séries « netflixiennes ».

 

Et le jeu de rôle dans tout çà ?

Cette série constitue un terreau d’inspirations pour tout roliste, qu’elle que soit sa place autour de la table.

Mais, avant cela, me vient une réflexion apparemment paradoxale. En effet, si vous êtes un MJ et que vous voulez adapter un certain nombre d’aspect de cette histoire, peut-être auriez-vous intérêt à ne pas conseiller toute de suite cet opus de Netflix.

Gardez l’effet de surprise !!

Qui n’a pas vécu des scènes ubuesques de joueurs face à quelque chose qu’ils connaissent mais que leur personnage est censé ignorer. Dans l’Appel de Cthulhu, les joueurs ont clairement moins peur de ce qu’il connaissent déjà.

« Les gars, c’est un Profond !! » « Ton personnage ne peut pas le savoir » « Ah oui! Pardon! » Les autres : « c’est quoi un Profond ? » « C’est quand même 1d6 point de perte de santé mentale !! » « çà non plus, ton investigateur ne le sait pas !! » etc.

Pour ne pas rompre le savant équilibre d’une partie de JDR entre plaisir de jouer ensemble et investissement personnel, afin de faciliter l’immersion, il est nécessaire de surprendre. Rien n’empêche de faire croire aux joueurs qu’ils maitrisent bien un univers pour mieux les prendre à leur propre piège. Si j’envisage de faire jouer ma table dans l’univers de DEADLANDS (pour reprendre le thème du western), je tâcherai d’être précautionneux sur les informations et secrets du monde à révéler. Ne parlez pas tout de suite des monstres étranges qui peuplent le désert !

Le risque des univers connus est parfaitement illustré dans une vidéo publiée en 2014 sur l’excellente chaine Youtube de la Zone Geek, constituée d’irréductibles Belges passionnés.

Pour en revenir aux inspirations à retirer de Godless, il me semble qu’il faut pouvoir envisager son aspect géographique. La façon dont les paysages changent rapidement en fonction des régions, la dispositions des hameaux, des ranchs autour de la ville principale, mais aussi la topographie de bourgade elle-même sont autant d’idées à exploiter.

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LaBelle, avec la mine à l’entrée de la ville, son petit centre, le bureau du shérif en face du bâtiment principal et les quelques échoppes autour.

En revoyant ce programme, on ne peut s’empêcher de penser à d’autres lieux emblématiques, de la gare d’ « Il était une fois dans l’Ouest« , au cimetière du « Bon, la brute et le truand » jusqu’au Saloon de « Retour vers le futur III » (oui j’ai osé). Aussi, mes souvenirs se portent sur ces heures passées entre chevauchées contemplatives et gunfights nerveux dans le monde de Red Dead Redemption (jeu vidéo). En résumé, ne négligez aucune source pour donner de la matière à vos parties.

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John Marston, dans l’immensité du Far West (Red Dead Redemption – ps3)

Les habitants de ces endroits caractéristiques pourraient également faire le sel de vos soirées rolistes. Une galerie de personnages saura vous en convaincre. Je me contente des principaux pour ne pas tout dévoiler de la série, car les seconds rôles exploitables y sont légions.

 

 

 

 

 

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N’omettez pas les objectifs, les liens et secrets des personnages qui vont peupler votre western. Là encore, ne rejetez aucune influence, lisez, regardez des films ou séries, pour construire un univers crédible où toute rencontre peut avoir des conséquences dramatiques.

J’ai en projet de donner en pâture à mes joueurs un scénario one-shot musclé dans l’univers de Deadlands (version Reloaded), ils ne devront pas s’étonner d’avoir à rendre des comptes s’ils voulaient faire les malins dans une petite ville minière appelée « La Belle »…

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