Inspiration littéraire pour jeux de rôle(s) – Territoire de fièvre de Serge Brussolo

Editions fleuve noir / coll. anticipation / 1983

Déroutant et décevant récit d’horreur spatiale : des explorateurs partent à la découverte d’un territoire planétaire inconnu et terrifiant ; une planète constituée par un être gigantesque en hibernation.

Si Serge Brussolo ne perd rien de son extravagante inventivité, il pousse ce récit dans ses retranchements, parvenant à ne pas virer au ridicule, tout en finissant malheureusement par m’ennuyer. L’auteur m’a laissé au bord d’un morceau de bidoche, écœuré par l’affaire et rêvant sans doute d’une aventure à laquelle croire.

Des inspirations rôlistes à manier avec nuances

Il s’agit de la deuxième critique rôliste d’un roman de Serge Brussolo, je ne peux que conseiller le précédent récit, le Semeur d’abîmes, publié sur la même période.

Dès les premiers instants de ce récit, Lizza, zoologue, prend place dans un énorme vaisseau financé par une université moribonde pour aller s’enquérir des découvertes faites par une mission d’exploration sur un monumental être monde endormi.

Des premiers chapitres prometteurs et bourrées d’idées extraordinaires :

Le concept d’explorations spatiales à des fins universitaires est un détail pouvant servir à toute construction d’un monde de SF original. Cela ouvre une perspective intéressante face aux traditionnels raids coloniaux ou/et militaires sur des planètes vouées à la destruction et/ou l’asservissement.

De même, les premières phrases décrivant l’engin spatial vieillissant sont d’une efficacité redoutable, le maître de jeu peut en quelques mots réveiller l’imaginaire des joueurs. L’auteur en reprendra même le contenu en ouverture du dernier chapitre.

Premières phrases du chapitre premier (et du dernier) :

Le vaisseau vibrait doucement en plantant dans la nuit de l’espace le cône carbonisé de son dernier étage. Cette trépidation courrait dans tout son squelette fatigué, faisant grimacer les tuyaux, chanter les rivets desserrés, gémir les tôles de fuselage.
Etendue sur sa couchette, Liza écoutait la plainte métallique montant de la vieille carcasse comme un morceau de musique démodé qu’on ne peut plus entendre qu’avec mélancolie. Un de ces airs populaires qui garderont toujours le goût un peu mièvre et sucré des souvenirs de jeunesse.

Enfin la vision furtive d’ « animaux monde », êtres légendaires aux proportions défiant l’imagination et aux motivations mystérieuses va inévitablement provoquer des envies d’aventures spatiales.

Malheureusement, ses visions ne durent que quelques chapitres. Le débarquement sur la « planète » vire au cauchemar en même temps qu’est décrit ce monde morbide.

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Une couverture d’une édition étrangère plus proche du roman.

Mais une histoire aux partis pris risqués pour un maître du jeu raisonnable :

Il est difficile de tirer réellement quelque chose, selon moi, des personnages qui ponctuent le récit. Ils sont dans un tel dénuement face aux événements qu’ils subissent qu’on en sait finalement assez peu d’eux. Restent leurs descriptions physiques et de leurs apparents niveaux de santé mentale…

Rapidement, ce qui pouvait être de la SF est vite remplacé par de l’horreur pure et souvent glauque.

En effet, l’auteur va assez loin dans ses développements, imaginant, avec une précision médicale, des panoramas de chair et toutes sortes de mutations pour les humains installés sur cet « animal monde ». Il dépeint avant tout la déchéance et la folie humaine, dans ses pires turpitudes, en l’absence de tout contrôle.

S’il parvient à faire ressentir l’horreur d’un monde vivant pour des êtres qui y sont minuscules, la multitude des descriptions d’un corps grotesque sous une focale macro a fini par me perdre.

Je pense qu’il est extrêmement risqué d’inclure çà dans un jeu de rôle (JDR). C’est ambitieux et l’auteur a le talent pour faire frémir sans faire marrer, mais je pense que la première description de forêt de poils ou de colline en forme de mamelon turgescent mettrait un terme à toute partie pour finir en fou rire général (ou alors en grand moment de solitude).

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Une de bases d’un scénario de JDR est d’avoir une forme de cohérence, si bien que réussir à décrire un tel univers sans perdre ses joueurs demande un haut niveau de maîtrise.

Malgré tout le talent de l’auteur, même s’il me semble appréhender le message de fond sur la capacité destructrice de l’homme, je n’ai absolument pas cru à cette histoire.

En guise d’inspirations, je vous conseillerai donc de garder le souffle des premiers chapitres, d’y piocher de bonnes idées et d’inventer la suite… Et de lire d’autre romans de ce génial écrivain.

Le site de l’auteur

2 réflexions sur “Inspiration littéraire pour jeux de rôle(s) – Territoire de fièvre de Serge Brussolo

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