Inspiration littéraire pour jeux de rôle(s) – Sherlock Holmes et les Ombres de Shadwell de James Lovegrove

James Lovegrove se livre à un exercice intéressant et risqué. L’écrivain anglais construit un crossover improbable entre Conan Doyle et Lovecraft, entre Holmes et Cthulhu.

L’histoire cachée de Sherlock Holmes débute en 1880, dès sa rencontre avec le Dr. Watson. Cette première aventure du célèbre duo nous mène dans une enquête qui débute dans les bas-fonds londonien et qui est inspirée du mythe des Grands Anciens. Pari réussi même si l’histoire perd peu à peu de son mystère pour devenir spectaculaire, au risque d’en oublier un peu Lovecraft…

Une source d’inspiration indéniable pour les maîtres de jeu

Un roman bien mené, aux accents pulp, mais qui perd l’indicible ?

Dans une préface très inspirée, l’auteur nous raconte la façon dont ce manuscrit lui est parvenu.

James Lovegrove réussi à nous plonger dans une ambiance extraordinaire en quelques pages, faisant tomber les peurs d’un roman récupérant honteusement de telles références, pour nous embarquer dans des aventures jusqu’alors maintenues secrètes de Sherlock Holmes. Dans celles-ci, le surnaturel et l’impensable vont évidemment prendre une place centrale.

Sur la forme, l’écrivain parvient à nous tenir en haleine et nous livrer un épisode étonnant de Sherlock Holmes et du Dr Watson, il réinvente leur rencontre, réintroduit des personnages de l’oeuvre originale. Bref, il montre un certain plaisir à construite une histoire cachée entre les lignes, à se jouer des références. Il va même jusqu’à emprunter un style d’écriture ajoutant à l’authenticité, ce que la traduction retranscrit parfaitement.

De plus, le livre des éditions Bragelonne est de tout beauté, en vert avec des liserais et une tranche dorés. Magnifique !!

Sur le fond, je trouve le livre plutôt réussi, on se plait à suivre ces aventures qui tutoient le mythe lovecraftien. On suit le duo héroïque jusqu’au bout, s’imaginant l’adaptation roliste de leurs aventures.

La première partie du roman est plutôt réussie, tant que le mystère demeure et que la folie semblent proches. Mais, avec les révélations sur l’affaire, j’ai eu l’impression progressivement de perdre la part d’ombre. Evidemment, l’auteur ne vend pas du Lovecraft mais plutôt du Conan Doyle à la sauce Cthulhu, pourtant j’aurais aimé qu’une part de mystère demeure, que l’horreur indicible et lovecraftienne dépasse davantage des héros redoutables.

Dès lors, il m’est parfois venu l’impression d’un curieux fan service, toutes les références m’étaient servies sur un plateau, du Nécronomicon en bibliothèque aux affreux fidèles d’un Dieu exilé, tandis que Holmes, très fort, résistait à toute influence mystique et appréhendait aisément tous les mystères du mythe.

Un scénario d’initiation idéal pour l’Appel de Cthulhu

Alors, bon roman ou pas ? Je dirais que c’est une intelligente adaptation du détective de Baker Street, avec une préface fabuleuse et un début réjouissant.

La suite est bien construite mais devient carrément pulp avec Sherlock en tête d’affiche, presque en mode Indiana Jones, et çà je m’y attendais moins.

Si je suis un peu resté sur ma fin, tout en appréciant l’ensemble, j’y ai pourtant trouvé des bonnes idées.

L’enquête y est clairement une aventure pouvant servir d’initiation à de nouveaux joueurs de jeu de rôle (JDR) .

Attentions Spoilers :

Des morts étranges mènent à une piste, le coupable désigné (et connu d’un des protagonistes) est capturé mais a basculé dans la folie et meurt rapidement. Puis l’investigation emmène les enquêteurs dans les quartiers chinois de la ville. Ils vont finalement y découvrir l’instigateur, riche gérant de fumeries d’opium, lui-même étant en fait le pantin d’un vil et puissant personnage, dirigeant sous terre un peuple serpent, et voulant accroître son pouvoir en invoquant un Dieu via des sacrifices rituels.

Nous avons là un pur scénario, très classique et facile à adapter pour la période allant de la fin du 19ème siècle jusqu’aux années folles.

A choisir, je pense que je préférerais en faire une partie d’initiation pour de nouveaux adeptes car la trame d’enquête menant de cadavres inexplicablement décharnés à une incantation finale ne surprendra surement pas les joueurs expérimentés. C’est peut-être ce qui peut expliquer que j’aimé ce bouquin sans céder à l’enthousiasme, j’ai sans doute trop fait jouer ce type d’histoire.

J’avoue m’être même demandé par moment si James Lovegrove n’était pas lui-même un amateur du JDR de l’Appel de Cthulhu by Chaosium, tant il semble se plaire à faire des héros des investigateurs du mythe.

Si vous faites le choix de l’adaptation, l’avantage évident du JDR est que vous pourrez y mettre la patine que vous souhaitez, entre mystère, épouvante d’un coté et aventure spectaculaire et enlevé de l’autre (voire en mixant les deux), c’est à vous d’en faire l’aventure qui ravira votre table.

Je vous l’avoue, cédant à la curiosité, j’ai tout de même très envie de lire la suite, réputée meilleure : Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic. De plus, je ne peux qu’encourager les amateurs à se plonger également dans les Montagnes Hallucinées adaptées par le mangaka Gou Tanabé, c’est déjà une adaptation majeure d’HP Lovecraft.

Les Dossiers Cthulhu, tome 2 : Sherlock Holmes et les monstruosités du Miskatonic par Lovegrove

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