Inspiration littéraire pour jeux de rôle(s) – Rêves de Fevre de George R.R. MARTIN

AVANT PROPOS : en ces temps de confinement, il nous arrive de revenir à l’essentiel : la famille, les travaux laissés de coté, le dessin, le jeu de rôle en ligne faute de pouvoir se rencontrer, mais aussi et surtout la lecture. J’ai dévoré plusieurs romans. Parmi eux, le « journal d’un AssaSynth » de Martha Wells, « terre errante » de Liu Cixin, « à l’image du dragon » de Serge Brussolo…

Rêve de Fevre

Désireux de lire un one-shot plutôt qu’une série fleuve, clairement alléché par l’idée de lire du George R. R. Martin, avant son iconique Trône de fer, je tombais sur une réédition d’un roman publié dans les eighties. « Rêve de Fèvre », publié en 1982 chez les anglophones, puis enfin traduit en France au 21ème siècle avec un titre quelque peu foireux de Riverdream (Mnémos en 2005), est ressorti en 2019 sous un titre conforme à l’original (Fevre Dream) par les éditions Pygmalion. Et quelle fabuleuse illustration de couverture !!

Sans réserve, j’ai aimé ce roman, tant pour le cadre présenté que les thèmes abordés, il y est question de navires à vapeur dans les brumes du Mississipi, de personnages pittoresques et de vampires (c’est dévoilé au chapitre 2), le tout traité sous un fond foncièrement humaniste et nuancé.

Des inspirations rôlistes à piocher dans un cadre fascinant

Abner Marsh, était propriétaire d’un flottille de bateaux à vapeur parcourant le Mississippi et ses confluents au milieu du 18ème siècle. Suite à des infortunes diverses, il n’a plus qu’un vieux navire encore à flot. Il se voit alors offrir un marché en or. Joshua York, un riche, étrange et élégant personnage, lui propose de lui faire construire l’embarcation la plus grande, la plus luxueuse et la plus rapide du fleuve, de quoi répondre aux rêves du massif, disgracieux et tempétueux Abner. En échange, il doit promettre de ne pas s’intéresser aux affaires et habitudes incongrues et nocturnes de son associé, présent comme co-capitaine sur le navire. Vous imaginez que rien ne va se passer comme prévu et que ce mode de vie est loin d’être une simple lubie.

Un western fluvial bercé de nostalgie

Les descriptions du fleuve, des bateaux, les quais et ses travailleurs, l’ambiance des villes, des domaines de planteurs et de ses habitants, sont autant d’éléments emblématiques au service de l’histoire. Je me suis imaginé sans difficulté le passage majestueux d’un bateau à vapeur sur le fleuve. Et voilà un cadre original pour un jeu de rôle (JDR) orienté western, je pense spontanément à Tecumah Gulch ou Deadlands voire même FACES, jeux générique pour lequel a été développé un setting adapté. Evidemment, Vampire, que je méconnais, s’impose de lui-même.

Cela donnerait envie d’en transcrire des extraits, mais j’ai peur de trop en dévoiler sur le roman et notamment sur les fameux vapeurs à aube, au centre du récit…

Mark Twain

Il me semble que quelques personnages contemporains de Mark Twain pourraient également être croisés au coin d’une rue sombre de la Nouvelle Orléans. Car, c’est là aussi la force de cette aventure : nous offrir des personnages clairement identifiables tant pour leurs traits physiques que pour leurs enjeux personnels, même si certains vont forcément se dévoiler au fil du récit, que ce soit pour les héros ou leurs Némésis. En allant plus loin, on comprend rapidement les valeurs qui forgent leurs personnalités, leurs enjeux (sans oublier leurs nécessaires ambivalences, sans tomber dans la caricature, nous le verrons plus loin).

Admettez que, vous aussi, vous avez pensé à Tom Sawyer courant sur les bords du Mississipi !!!

En plus de ces éléments, ce sont aussi les petits détails qui donnent corps au récit, c’est exactement ce qui peut transformer un bon petit scénario de jeu de rôle en quelque chose de mémorable (attention à ne pas noyer les joueurs sous un fourmillement d’informations).

Si nous prenons Abner Marsh, par exemple, il est décrit à travers son physique imposant et disgracieux, mais aussi son caractère, ses aspirations et ses habitudes, si bien que nous l’imaginons sans peine, déplaçant sa carcasse sur le quai, sa canne en Hickory à la main. Là encore, je suis tenté de décrire d’autres personnages, notamment Billy Tipton dit l’Aigre ou encore son maitre Damon Julian, vampire ancien et puissant, ennemi viscéral de Joshua York, et j’en oublie, car chaque personnage est parfaitement exploitable dans votre JDR préféré.

Et ce qui fonctionne pour les personnages, fonctionne également pour le cadre de vie. Par exemple, lorsque sont décrit les repas gargantuesques de Marsh, c’est toute une part de la vie sur les bords du fleuve qui se dévoile. Cela m’a rappelé par moment le Cycle de Lyonnesse de Jack Vance, en effet, dans les auberges traversés, aux noms emblématiques, nous savions ce qui était servi à table. C’est fou ce que ce genre de détail en dit long sur un univers. Il faut vraiment que j’y pense pour ma prochaine partie.

DeanCORNWELLBetsyAnnOneThird.jpg

Illustration de Dean Cornwell – 1853

Une horreur nocturne évitant les pièges du manque de nuances

Et oui, le cadre du roman est une réussite !! Et il est adaptable pour un scénario à condition d’aimer ou d’oser essayer les aventures vampiriques.

Celebrated race of the steamers Robert E.Lee and Natchez – 1882

Un petit travers de l’oeuvre aurait pu être la description caricaturale du vampire. J’ai craint cette situation, tant les vampires d’abord présentés, élégants, immortels, terrifiants, prenaient le chemin des images typiques, pouvant rappeler ceux développés par Anne Rice, bien que j’avoue préférer le Dracula de Bram Stocker. Mais le roman nous fait rapidement oublier cela en se jouant même des références par moment, lorsque sont décrites les légendes sur les faiblesses des vampires…

Au delà du décorum, c’est donc l’histoire racontée, parvenant souvent à me prendre à contre-pied, que j’ai trouvé particulièrement bien menée. Petit à petit, se dévoilent les traits que peuvent revêtir ces êtres surnaturels, entre horreur d’une faim de sang presque impossible à apaiser et beauté glaçante, entre les traits de la bête et ceux de leur enveloppe humaine raffinée. C’est le conflit entre l’humanité et le monstre qui va animer le roman avec force.

Les personnages sont ainsi montrés dans toutes leurs composantes, en évitant savamment le risque du manichéisme, pour renvoyer plutôt à la question du choix. La manière dont on veut mener sa vie, les aspirations, les valeurs qui en découlent et leurs contradictions, vont mener les personnages du roman à leur réussite ou leur perte. Tout cela s’avère d’une grande résonance dans nos réalités quotidiennes.

Et dans une session de jeu, parvenir à maintenir le mieux possible chaque PJ (personnage joueur) et chaque PNJ (personnage non joueur) dans les rails de sa personnalité, de ses choix et contradictions est clairement ce qui façonne la cohérence de l’aventure. Lors d’une session, un monde assez peu décrit peut être sauvé par la cohérence des acteurs, à condition qu’ils ne soient pas simplistes dans leur fonctionnement, explicable par leurs choix, plus ou moins éclairés. Et, lorsqu’ils ne sont plus animés par quoique ce soit, dans ce roman, il ne reste alors que le monstre…

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Magnifiques illustrations de Felipe Messafera pour le comic dessiné par R. Lopez et scénarisé par D. Abraham

6 réflexions sur “Inspiration littéraire pour jeux de rôle(s) – Rêves de Fevre de George R.R. MARTIN

    • jf applewood 25 avril 2020 / 18 h 13 min

      Merci pour ton commentaire, n’hésite pas à mettre le lien en commentaire vers ta critique éventuelle du bouquin, je suis curieux de te lire sur le sujet.

      Aimé par 1 personne

  1. Tigger Lilly 21 mai 2020 / 9 h 07 min

    Bons souvenirs de lecture que ce Riverdream.

    Je ne joue pas aux jdr mais je trouve ta lecture du roman par le prisme des inspirations qu’il peut offrir vraiment très intéressante.

    Aimé par 1 personne

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